Un Jonathan Drouin 2.0 cette année?

Source : Getty Images

Jonathan Drouin a fait l’objet de plusieurs critiques depuis son arrivée avec les Canadiens lors de l’été 2017. Marc Bergevin, qui nous habitue à environ une grosse transaction par été, nous avait alors surpris en échangeant le meilleur espoir de l’équipe Mikhail Sergachev au Lightning de Tampa Bay en retour du québécois Jonathan Drouin. Depuis, le défenseur russe a affiché une progression constante au sein de l’escouade défensive des Bolts et a même été un rouage important de l’équipe dans leur conquête de la Coupe Stanley cet été. Du côté de Drouin, ça a été (un peu beaucoup) plus compliqué. Son aventure avec les Canadiens a tout d’abord commencé avec le dilemme à la Galchenyuk “Est-il ailier ou un centre? Telle est la question…”, pour être suivi par son implication défensive sévèrement critiquée par les partisans et des blessures au mauvais moment.. mais tout ça a été interrompu à certaines reprises par des performances à couper le souffle du jeune attaquant aux mains magiques. On va d’ailleurs se rappeler de sa séquence de 44 points en 54 matchs en 2018-2019 avant de terminer la saison avec 3 points à ses 20 derniers matchs.

Bref, Drouin est un joueur qui fait couler beaucoup d’encre à Montréal que ce soit pour les bonnes ou les mauvaises raisons mais surtout pour les mauvaises.

Cette saison, Il est tout feu tout flamme. Il semble être un joueur transformé pour de bon. À gauche de Nick Suzuki et du nouveau venu Josh Anderson, il a fortement contribué à faire des Canadiens une force au sein de la division Canadienne.

Qu’est-ce qui a changé dans le jeu de Drouin pour qu’il soit aussi bon cette année? C’est ce qu’on va voir ensemble dans les prochaines lignes.


Petite parenthèse ici. J’ai commencé ce blog avec Nolan pour partager sur le hockey. N’hésitez pas à lire, à nous supporter en partageant et en nous donnant du feedback. On vous aime ❤ !


Microstats vs Marcostats

Je vais beaucoup utiliser les statistiques avancées dans mes articles parce que je trouve que c’est un domaine qui est passionnant et c’est utile pour faire l’évaluation des joueurs. Un des principes fondamentaux dans les sciences est le combat Micro vs Macro. Comme étudiant en Sciences Comptables, j’ai souvent eu à travailler avec la micro et la macroéconomie. Le préfix “micro” vient du grec ancien “mikró” qui veut dire “petit” alors que “marco” vient de “makrós” qui signifie “long” dans la même langue. En économie, la microéconomie est l’étude de l’économie à l’échelle des différents agents économique (petite échelle) alors que la macroéconomie est l’étude économique sur une plus grande échelle (souvent nationale ou internationale). J’espère que vous comprenez où je m’en vais. Les microstats au hockey évaluent la fréquence de certains événements comme le % entrées de zones réussies, le % sorties de zones réussies, de passes complétées, tirs/60min, etc., d’un joueur à l’échelle individuelle. Les marcostats sont plutôt l’analyse de l’écosystème hockey. C’est l’observation de ce comment l’environnement réagit quand le joueur est sur la glace ou quand il ne l’est pas. Sur les sites de statistiques avancées, on va souvent voir les marcostats dans la section des “On ice” stats. Les marcostats sont comportent notamment les expected goals, le corsi (différentiel de tirs tentés), le fenwick (c’est le corsi, mais les tirs bloqués ne sont pas comptés), la fréquence de buts pour (goal for), la fréquence de buts contre (goal against), etc. Petite note : les statistiques (avancées ou moins avancées) sont des outils qui ont leur forces et leur faiblesses et c’est super important de lire à leur sujet pour mieux les comprendre et ainsi les utiliser de la bonne façon. N’hésitez pas à m’écrire si vous avez besoin de lectures sur les différentes stats. Maintenant qu’on est un peu familiers avec quelques termes, on peut continuer [désolé pour la longue introduction].

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Dans le tableau ci-dessus, on constate que dans les 3 dernières saisons, ce simple de tableau de microstats met certaines qualités de Jonathan Drouin en valeur. On retient qu’il a généré des Shots Assists (tirs qui se transforment en mentions d’assistance) à la tonne et qu’il a été excellent en entrées de zone et qu’il a en a fait beaucoup. Il a aussi bien fait au niveau des sorties de zones.

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C’est au niveau des marcostats que ça se gâche pour Drouin. Malgré des saisons quand même acceptables (d’environ 50 par saison) depuis 3 ans, le modèle d’EvolvingHockey indique que le #92 des Canadiens a eu un impact négatif sur l’équipe quand il était sur la glace et qu’il a été beaucoup moins efficace que ses pairs. À l’oeil, malgré des performances éclatantes de Drouin offensivement, il a tardé à être un joueur constant offensivement. On pourrait parler des blessures, de ses coéquipiers, du fait qu’il se cherchait encore comme joueur, mais je crois que le tableau ci-dessus correspond quand même bien à la réalité en ce qui concerne Drouin. Il n’a jamais vraiment été efficace comme joueur, mais a toujours été capable de produire assez pour faire taire un certain nombre de critiques qu’on aurait à son endroit.

Et maintenant, c’est comment?

Cette saison, ti-Jo est en mission. Il est non-seulement plus en confiance qu’avant, mais il est aussi plus efficace défensivement. En échec-avant, il est maintenant très dangereux pour les opposants. En regardant, des vidéos de Drouin de la saison passée, il semble avoir eu des bonnes intentions en échec avant, mais il manquait de talent de ce côté là pour que ça donne des résultats. Depuis les séries, on le voit être plus agressif en échec-avant et utiliser son corps pour mettre ses adversaires dans l’embarras quand ils sont dans leur zone et il a créé plusieurs chances de marquer comme ça. On le voit aussi finir ses mises en échec et il commet beaucoup moins d’erreurs. Dans le premier tableau, on constate que Drouin donne la rondelle à l’adversaire beaucoup moins souvent qu’il en a l’habitude de le faire. Dans le deuxième tableau, on voit qu’il a ajouté la dimension physique à son jeu dans les 2 dernières saisons.

Capture d’écran NHL.com
Capture d’écran NHL.com

Certes, on peut voir qu’il bloque moins de tirs par 60mins qu’avant et qu’il intercepte moins souvent la rondelle sur NHL.com, mais on peut attribuer ça au fait que Drouin a été à l’origine de plusieurs interceptions où il a fait l’action défensive principale et un de ses coéquipiers à été crédité du +1 dans la colonne des interceptions. On voit un Jonathan Drouin beaucoup plus combatif qui met beaucoup de pression et pousse des adversaire à commettre des erreurs.

Dans son seul but de la saison, on voit qu’il perd sa bataille sur la rampe, mais la pression qu’il exerce sur le porteur de la rondelle pousse le défenseur des Canucks à faire la passe à un joueur couvert par Josh Anderson (qui va intercepter et envoyer Drouin en échappée). Cette combativité pour ses fruits offensivement pour Drouin.

Le modèle de HockeyViz qui a pour but d’isoler l’efficacité individuelle d’un joueur à 5v5 montre que les Canadiens génèrent une quantité énorme de chances de marquer de qualité et font un travail excellent défensivement pour limiter les chances de qualités contre Price ou Allen. Ça change des années précédentes où c’était un peu beaucoup différent.

Source : HockeyViz

Drouin semble aussi se plaire à jouer aux côtés de Nick Suzuki et Josh Anderson. La ligne à contrôlé 71% (selon EvolvingHockey) des expected goals (en gros résumé, c’est une valeur qu’on donne à des “chances de marquer”, donc vous pouvez assumer que le trio a contrôlé 71% des chances de marquer quand ils étaient sur la glace). D’ailleurs, la complicité entre Drouin et Suzuki a vraiment commencé pendant les séries où le trio (avec Joel Armia) a transporté l’attaque des Canadiens marquant à eux seuls presque autant que les 3 autres trios rassemblés. Le trio piloté par Suzuki avait alors un % de tir de 15% qui est beaucoup plus élevé que la moyenne de 10% qu’on peut voir généralement et a contrôlé plus de la moitié des xG (expected goals). Remplacer Armia par Anderson n’a pas fait de mal au talentueux duo des Canadiens. Après 12 matchs, le trio marque en moyenne un but par match et est en feu avec 12% de tirs qui ont touché la cible.

C’est important de prendre les stats avec un grain de sel et considérer plusieurs facteurs dans l’équation comme le fait que les Canadiens jouent actuellement dans la division la plus faible, qu’ils ont joué plusieurs fois contre les pauvres Canucks et que de jouer contre les Maple Leafs 9 autres fois risque de changer plusieurs choses, et que 12 parties est un échantillon très court.

Source : EvolvingHockey

C’est sur que de jouer avec des Nick Suzuki et des Josh Anderson (qui ont déjà connu beaucoup du succès défensivement par le passé et qui sont des énormes générateurs d’attaque) facilite les choses pour Drouin, mais il mérite beaucoup de crédit pour son amélioration individuelle comme joueur de hockey.

Conclusion

Merci d’avoir lu jusqu’ici. Je sais que c’est quand même extrêmement long et plate, mais merci. Pour conclure, on a vu ensemble que le déblocage de Drouin cette saison est causé par… lui-même. Il est meilleur défensivement et ses actions sont plus bénéfiques qu’avant (ça paye plus). On peut attribuer ça à ses coéquipiers, au fait qu’il a joué contre des équipes au niveau plus faible, ou à d’autres facteurs… On peut aussi voir qu’il est à l’aise et qu’il joue plus avec ses forces. On voit vraiment qu’à l’image de la ligne “Tatar-Danault-Gallagher” de la saison passée, il est capable de bien défendre pour créer des chances de marquer sur des contre-attaques. Dans les prochains matchs, j’ai envie de voir un Drouin qui marque plus. C’est un excellent passeur, mais il a le talent pour marquer plus de buts et j’ai envie de le voir tirer plus. De plus, l’avantage numérique des Canadiens n’est pas bon. Je crois que les unités spéciales des Canadiens ont un sérieux problème de stratégie/coaching pour favoriser les forces des différents joueurs. Une chose que je n’ai pas beaucoup abordé dans le texte est comment Drouin n’est pas efficace sur l’avantage numérique des Canadiens. J’ai l’impression qu’il n’est pas utilisé comme il le faut et il pourrait bénéficier de jouer sur un AN qui dépend un peu moins des défenseurs à la pointe.

Dans l’article, j’ai utilisé quelques tableaux et données et très peu [1] de vidéos. Je vais vous rappeler que c’est important de lire beaucoup sur les différentes stats pour les comprendre et les utiliser comme il le faut. C’était un peu long, j’ai vraiment essayé d’être clair et explicatif à une audience qui n’est pas familière avec certains concepts abordés. Si vous avez aimé, n’hésitez pas à donner vos commentaires et si vous avez un sujet que vous voulez que j’aborde, n’hésitez pas à m’en faire part.

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